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Journalisme et résistance

Jeudi 12 mars 2009

Par Cristina Castello


Je ne pensais pas faire une seconde partie à mon post :
« Diego García », pire que Guantánamo
 
Toutefois, j’ai reçu de nombreux mails et non pas qu’il me soit habituel de partager mes courriels, mais ce témoignage est impératif comme tout témoignage et se doit d’être connu.

Ainsi, ce poème et cet article de Patrick Brousse de Laborde

Avec l’accord total de l’auteur bien évidemment que je remercie de tout mon cœur.
Cristina Castello
 

Bonjour Christina,

J'ai été très sensible à votre article sur Diégo Garcia, étant originaire de l'Ile Maurice, je garde toute la peine des Ilois qui ont perdu leur magnifique île, une de mes vieilles tantes, résidant aujourd'hui en Australie est née à Diégo, elle me disait que le paradis c'était Diégo Garcia !

J'espère de tout cœur que viendra bientôt le jour où les barbares quitteront  cet  atoll qui est devenu l'escale de la mort et l'île de la déshumanisation.

Vos poèmes sont magnifiques, les avez-vous publiés ?

J'espère que nous aurons l'occasion de partager nos poésies et de nous parler, permettez-moi de vous offrir ce poème contre le colonialisme, mon nom de plume est "iélo OPAO".

En vous souhaitant les plus belles inspirations à venir, bien fraternellement,
Patrick Brousse de Laborde



 





















(Odilon Redon - La condamnation)


MANSUETUDE

Dans ce monde de bien naître et de mansuétude remercie-moi
Remercie de mourir pour le ciel que tu mets dans mes habits
Ta vie vaut moins que l'indigo
Bien moins que le murex


Remercie de mourir pour la douceur de mon palais
Ta vie vaut moins que le miel
Bien moins que le sucre


Remercie de mourir pour ma nappe que tu sais si bien servir
Qui me fait saliver d'épices
Ta vie vaut moins que le lin, le chanvre, le jute et le coton
Bien moins que le ver à soie


Remercie tes larmes que je savoure
Elles ont bien plus de parfum que la vanille et le tiaré
Remercie ta sueur qui m'enivre
Elle a bien plus de force que le rhum

Remercie ton corps que je convoite
Il a bien plus d'attraits que le fruit défendu
Remercie ton âme qui grâce à moi existe
Qui m'appartient

Remercie-moi je suis ton Père
Remercie ma mansuétude
N'attends pas autant de mon Dieu


Remercie-moi de trahir ta confiance
De te repousser
De t'affamer
De t'anéantir comme la VERMINE


Remercie mon armée qui te chasse de tes terres ancestrales
Ta vie vaut moins que le bétail
Bien moins que le bison et le coyote des prairies
Que le mouton d'Australie, de Tasmanie et de Patagonie
Que le nickel d'Océanie
Que le crocodile de Papouasie
Que le pétrole et le riz d'Asie
Que le cuivre et le diamant d'Afrique
Que l'argent, l'hévéa et la banane du Nouveau Monde
« l'Amérique »
Que toutes les forêts pluviales !
Que tout l'uranium !
Que tout l'or !
De "NOTRE TERRE" !!!!


Peut-être connaîtras-tu l'honneur, le privilège
Mourir en combattant
Pour la cause de cette civilisation qui te civilise ????

DEDIE A LA MEMOIRE D'ALPHONSE DIANOU ET A TOUS MES FRERES ET SOEURS QUI OEUVRENT POUR LEUR DIGNITE !

IELO IV



Diégo Garcia ou l’archipel des oubliés


L’atoll de Diégo Garcia est situé au cœur de l’océan Indien, ce  joyau corallien d’une rare beauté, pourtant en sécurité hors de la zone des cyclones, a subi trente années d’agressions.

Volées à leurs habitants, les Ilois, ces îles ont été transformées en base aéronavale anglo-américaine de lancement de missiles balistiques.

Spoliée, abîmée, Diégo Garcia est devenue l’escale de la mort pour la défense des intérêts du consommateur américain et européen.
 
Les Ilois ou Chagossiens habitaient leur archipel et formaient une population paisible et soudée qui vivait essentiellement de la pêche et du coprah, tous ont été délocalisés, dans l’indifférence générale, par les britanniques au profit des américains. Exilés aux Seychelles et à l’Ile Maurice dans le dénuement — les Ilois ont entrepris des actions en justice pour reprendre possession de leurs îles. Leur résistance est non-violente : manifestations et grèves de la faim devant les ambassades des deux états « pirates ».
 


 
























Les Ilois ont été sacrifiés sur l’autel de l’argent et de la guerre par la cupidité et l’irresponsabilité de politiciens de l’Ile Maurice, du Royaume Uni et des Etats-Unis d’Amérique fourvoyés aux finalités mercantiles et criminelles des lobbies des industries de l’armement.
 
Plus de 500 millions de dollars US auront été nécessaires pour aliéner Diégo Garcia en « air joint » UK/US, plateforme aéronavale de réapprovisionnement en combustible et de soutien durant la guerre froide. Servant de base aux bombardiers B-52, elle contribuera à la guerre du Golfe en 1991, au bombardement contre la Somalie en 1992 et à l'offensive ‘’renard du désert’’ contre l'Irak sous Clinton en 1998. En octobre 2001, des bombardiers B-1 et B-52 décolleront de Diégo Garcia pour des attaques massives sur l’Afghanistan.

La contribution de Diégo Garcia à la suprématie du cartel militaire anglo-américain est capitale : l’Irak, ancienne création de l’ex empire britannique, retrouvera les griffes du lion à coiffure royale, sous les serres implacables du rapace américain.
 
Le grand tribunal de Londres avait dans un premier temps condamné le Royaume Uni à restituer ‘‘partiellement’’ les Chagos. L’ONU a reçu une délégation d’Ilois, des actions en justice sont menées contre les Etats-Unis et le Royaume Uni.

Mais le Royaume Uni et les Etats-Unis qui se proclamaient les champions des pays de la liberté, aux institutions démocratiques exemplaires, n’entendent pas obtempérer — prisonniers de leur machine de guerre fondamentalement réfractaire à la paix dans le monde, ils violent la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, transgressent toutes les règles internationales dans un silence assourdissant.

Jusqu’où ira la folie de cette alliance anglo-américaine ? Diégo Garcia et l’Irak, dernières colonies UK/US où premières d’une nouvelle série de condominiums à venir, avec la lune et Mars ? »
 
Pour donner naissance à leur nouvel ordre mondial. Ce nouvel ordre mondial des conspirateurs de la Finance Monétaire Internationale qui pilotent l'ONU, et qui entendent avoir tout pouvoir pour imposer aux nations et aux hommes leur dictature et leur monnaie de singe virtuelle distribuée selon leurs intérêts — pourquoi ne pas présager le plus sombre avenir pour Diégo Garcia, d'où des missiles balistiques à ogives nucléaires iraient pulvériser Israël et la Palestine puis l'Iran : instaurant une guerre de religion contre l'Islam qui embraserait ensuite le Moyen et le Proche Orient — les survivants « épurés » de leurs croyances religieuses deviendraient les dévots dociles et serviles de l'argent unique déifié.
 
Nous devons réapprendre à devenir humains, désintéressés, fraternels et solidaires, au-dessus des fractures raciales, religieuses et des leurres politiques et idéologiques, il est vital que nous triomphions définitivement contre les accords souterrains de ce nouvel ordre mondial — cette mondialisation insensée mise en œuvre par des fous dangereux et des ignorants qui détiennent Diégo Garcia.
 
Patrick Brousse de Laborde



Vous avez toute ma bénédiction pour utiliser comme bon vous semble mes modestes paroles, tout ce que je vous écris vous appartient sans restriction, vous me faites beaucoup d'honneur en les semant au vent.


Pour vous ce tout petit court poème :

Il se promenait avec un grain de lavande,
écrasé entre les doigts on sent toute la douceur du monde !

Source 1 :
http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/

Source 2 :
http://www.lepost.fr/article/2009/03/12/1454486_diego-garcia-temoignage-et-poesie.html

Par Jean Dornac
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Lundi 9 mars 2009

L’embryon de la mort

 

« Quelles lois dicteraient déjà les sénateurs ? /

Quand ils arrivent les barbares les dicteront [...]
                                                 Pourquoi empoignent-ils des cannes si précieuses 
Sculptées merveilleusement dans l’or et l’argent ?

 Parce qu'aujourd'hui arrivent les barbares »

 Constantino P. Kavafis

 


Par Cristina Castello*







 
            
C'est une prison secrète qui se lève dans les terres qui ont été volées aux habitants originaires du lieu. De sa piste de vol ils ont décollé les bombardiers des USA, pour envahir le Cambodge, l'Afghanistan et l'Irak, à coups de feu, crimes et impiété ; pour contrôler le Moyen Orient et ...  plus encore, mais voyons déjà.

           
« Diego García » est un embryon de la mort. C'est l’abîme qu'ont choisi les barbares — avec l'excuse d’un « terrorisme » supposé — pour mieux torturer. C'est un vrai trésor pour l'Amérique du Nord et le Royaume-Uni. C'est la base militaire la plus importante que l'Empire a, pour surveiller le monde ; et près de ses paires —les bases de Guam et d'Ascension — sont  les clés pour l'envahisseur. C'est un endroit idéal pour accueillir des missiles de l'ogive nucléaire, bien qu'ils soient interdits par les traités internationaux. Mais : est-ce que cela importe aux barbares ?

           
Les barbares ne demeurent pas dans l'océan Indien, où  « Diego García », cet atoll qui, né avec un destin d'oasis s’est lui-même converti en enfer. Non. Les barbares donnent les ordres aux barbares de la CIA nord-américaine, appuyés par la Grande-Bretagne et par l'Union Européenne, qui savent si bien se taire quand le Pouvoir est cause de la terreur.

           
« Diego García», est la juste enclave, s’il venait à l'esprit aux barbares une action sanglante contre l'Iran. C'est le lieu où la torture exhibe sa plus grande sophistication. C'est un sort de torture — la mort en vie — et la première marche, pour mériter le soulagement de passer Guantánamo : cet échafaud avec lequel Barack Obama a promis d’en finir. « Diego García » : personne ne la nomme et elle ne figure pas dans les agendas présidentiels, bien qu'il soit pis encore que  Guantánamo. Il est dit : « pis ». Mais comparer deux horreurs ne jette pas de clarté : Qui est le pire, Drácula ou Frankestein ?

            
 La terre de la planète n'a pas été suffisante pour le Pouvoir impérial. Les États-Unis du nord sillonnent les mers du monde avec entre dix-sept et vingt bateaux - « prisons flottantes ». Dans celles-ci ont été arrêtées et interrogées sous supplice, des milliers de personnes. Mais presque personne n'informe de cela. Non, on ne parle pas de ça.

           
Qui parle, oui, et qui agit par la justice, c’est l'ONG Londonienne des droits de l'homme « Reprieve » qui représente trente détenus, non inculpés de Guantánamo, aux bagnards qui attendent des condamnations et aux accusés d’un supposé  « terrorisme ».

           
C’était en 1998, durant la présidence de Bill Clinton et la vice-présidence d'Al Gore —prix Nobel de la Paix— lorsqu’ils ont commencé les arrêts contre toute loi et tout sens de l'existence  humaine. Et George Bush les a promus en progression géométrique. Quand il était encore président, il a admis l'existence d'au moins 26.000 personnes dans des prisons flottantes ; mais selon les sondages de « Reprieve », les chiffres recensés étaient de 80.000, à dater de 2001. Qui croire ? L’option est claire.





Châtrer l'île

 « Sans égards, sans pudeur, sans pitié,
de hauts, de larges murs ils m'ont environné »

Constantino Kavafis 


            Les 44 kilomètres de « Diego García », sentent l’absence. Sous son ciel, la grande absente est la sacralité de l'existence humaine. L'île est un territoire britannique d'outremer, situé dans l'archipel de Chagos, dans l'océan indien. En 1966 un mariage parfait s'est produit entre les barbares. Le lieu — si beau qu’il semble un sourire de la nature —  a été offert par l'Angleterre à l'Amérique du Nord, qui le voulait pour installer cette base militaire. C'était un échange ignominieux : la location pour cinquante ans de terres anglaises, en échange de quatorze millions de dollars et de missiles du sous-marin nucléaire « Polaris ». Musique Maestro !

            Mais —certes, il y avait une condition à respecter— à ce moment-là, plus tôt que tard, il fallait empêcher les « problèmes de population ». Il fallait désinfecter l'archipel, des êtres humains.

           
Châtrer l'île. Lui couper les racines, clôturer la vie.  À l’œuvre immédiatement, le Royaume-Uni  a bloqué toute entrée d'aliments. Cette vieille et maléfique sorcière —la faim—, a fait sonner un concert d'estomacs vides, en même temps que les habitants commençaient à partir… ou à être rejetés. La destinée de ces exilés a été, et se trouve, dans les villes de misère de l’Ile Maurice.

           
Là, à plus de 200 kilomètres de la terre qui les a vus naître, les exilés rêvent autant de manger, que de retourner à leur patrie dépatriée.

           
Sauvagement les 2.000 habitants nés dans l'île, ont été expulsés. Un cas, qui synthétise beaucoup de semblables, est celui de Marie Aimée, née et élevée dans « Diego García », qui en 1969 a porté ses fils à Port Louis (Maurice), pour un traitement médical. Le gouvernement britannique ne lui a jamais permis de remonter sur le bateau pour repartir et jamais plus elle n’a pu y retourner. 

           
Son mari, est resté deux ans dans l'île puis il est arrivé à retrouver son épouse, avec seulement une bourse et dans un état lamentable. Il avait été rejeté de sa terre. Les histoires des autres milliers d'insulaires abandonnés, sont terrifiantes ; exilés et humiliés, ont été réunis dans des taudis, où ils vivaient dans des boîtes ou des huttes de fer-blanc. Ils s’étaient affranchis de bien d’autres avec promesses mensongères de vacances gratuites, dans des lieux de rêve. Il fallait les balayer de l'île : la stériliser de la présence de ses compatriotes.

           
La majorité des chagossiens ont été arrêtés, expulsés de leurs foyers, littéralement « emballés » et déposés dans les caves d’embarcations, entre des cris et des pleurs ; avant, ils avaient vu exterminer leurs animaux domestiques et leur bétail. Ainsi, ils pouvaient bombarder plus facilement le Viêt-Nam, le Laos et le Cambodge ; menacer la Chine lors de la Révolution culturelle, puis suivre avec le Golfe Persique, l'Afghanistan, l'Irak, et... y a beaucoup plus. Ces barbares n'ont pas de cœur.

           
Et ce n’est pas tout ! Plusieurs sont morts de tristesse, se sont suicidés, ou sont devenus alcooliques, tandis qu'ils rêvaient de la terre promise. Mais personne n'a abandonné l'idée de revenir à son île de coraux et de palmiers ; à l'île qui — jusqu'à ce qu'ils la vissent — n'était pas contaminée par les armes et la méchanceté. Dans le « Times » de Londres du 9 novembre 2007, l'une des villageoises a résumé : « C'était le paradis, nous étions comme oiseaux libres, et maintenant nous sommes comme en prison ».

           
La Haute Cour britannique d'abord, et la Cour d'Appel ensuite, ont condamné  l'expulsion comme étant illégale et ont donné à la population le droit de rentrer; mais aucun gouvernement n'a voulu accomplir ces sentences. Et le Bureau des affaires Internes et Internationales du Royaume-Uni a dit en revanche qu'il n'y aurait pas de population indigène. Le droit unique à une citoyenneté était accordé aux mouettes.

           
Aujourd'hui, de 2000 expulsés originairement, moins de 700 conservent la vie. Les barbares jouent-ils à l'extinction finale ?

            
 Les USA ont loué l'île jusqu'en 2016. Et jusqu'alors, et après : quoi ?

 
Dracula, Frankenstein et les euphémismes

«Ah ces murs qu'on dressait, comment n'y ai-je pas pris garde ?

Mais aucun bruit de bâtisseurs ne me parvenait, pas un son :

tout doucement, ils m'ont emmuré hors du monde »

Constantino Kavafis

  

         Et que dire, sur la prison de « Diego García » ? « Diego García » est le plus grand centre de tortures  —ils appellent d’une façon tout euphémistique « interrogatoires »— pour les prisonniers réputés les plus « importants » par l'Empire. C'est là que le prisonnier Ibn Al-Sheikh Al-Libi a dû  mentir, puisqu'il ne résistait pas au supplice auquel il était soumis. Il a dit, pour éviter qu'ils continuent de le lacérer, que Saddam Hussein était allié d'Al-Qaeda, et qu'il avait les fameuses armes de destruction massive, desquelles on a tant parlé. 

          
Certes, il a été démontré que ces armes n'existaient pas. Mais c'étaient les arguments dont George W. avait besoin, pour la guerre du pétrole : celle qu’il a lancée, affamé de dollars, avec l'excuse du « terrorisme » ; comme s'il avait été salvateur du monde, alors qu'il l’anéantissait et c’est pourquoi,  aujourd'hui on essaye de le juger. De part toute la planète, elles se lèvent, de plus en plus de voix qui demandent, précisément, de le présenter face à la justice comme un inculpé qui a commis des crimes contre l'humanité.


           

                Le cachot de «Diego García » est connu comme « Campement de Justice ». Nous poursuivons avec des euphémismes. Et les six mille bases militaires mondiales des USA sont mentionnées comme « des traces  » dans le jargon militaire américain. Entre celles-ci, « Diego García » a un nom où sonne la moquerie : « Trace de la liberté ». Les mots ont perdu leur signification.

           
Durant ce temps, les déplacements de prisonniers drogués, encapuchonnés et fort torturés, de là jusqu'au Guantanamo, c'était habituel. Des personnes captives déplacées d'une horreur, à l'autre. De « Diego García » à Guantanamo. De  Dracula, il était dit, à Frankenstein.

           
Les 2.000 soldats yankees destinés d'une manière permanente dans le lieu, sont la population centrale de « Diego García ». La torture a besoin d'une surveillance, ça alors ! Des ironies de la vie, il y a aussi 2.000 bannis : les armes remplacent la vie. 

           
Les barbares nient tout, mais les évidences et les preuves existent. Par exemple, celles d'ex-prisonniers qui, par un miracle, ont obtenu la liberté, et ils racontent comment ils ont été déplacés à Guantanamo, ainsi que la frayeur des tortures, impossibles même à imaginer pour tout esprit humain. Par exemple, le témoignage fondé de l'historien britannique Andy Worthington, l'auteur de « The le Guantanamo files : the stories of the 774 detainees in America's illegal prison » (« Les archives de Guantanamo : les histoires des 774 détenus en prison illégale de l'Amérique »).

           
Worthington raconte qu’ « une personne honnête avec accès à une information privilégiée », Barry McCaffrey, général américain en retraite et professeur prestigieux d'études de Sécurité internationale, a reconnu par deux occasions qu’à « Diego García » des personnes accusées de terrorisme sont retenues ; de la même manière, il a accepté que la même chose arrive dans Bagram, Guantanamo, certes, et l'Irak. De sa part, Clive Stafford Smith, directeur de l'ONG « Reprieve », dont personne ne doute le sérieux, a assuré à « The Guardian » qu’il est catégoriquement certain de l'existence des prisonniers dans l'île.

           
Aussi le sénateur suisse Dick Marty, a confirmé en 2006 les «remises extraordinaires» de détenus, de là vers Guantanamo. Dans un rapport qu'il a remis au « Conseil de l'Europe », il a certifié que, sous la responsabilité légale internationale du Royaume-Uni, les USA ont utilisé cet atoll de l'Indien comme prison secrète pour « des détenus de haute valeur ». Le narrateur spécial sur la Torture de l'ONU, Manfred Novak, l'a ratifié. 

           
Le Guantanamo semble être priorité dans l'agenda de Barack Obama. Et « Diego García » ? Il est vrai que le président flambant neuf de la Maison Blanche a trop de défis, casse-tête et de crises à résoudre, ainsi qu'une opposition conservatrice qui ne rend pas facile de gouverner. Mais : a-t-il la volonté politique pour en finir avec cette abjection ? Pourra-t-il — et surtout voudra-t-il — aller contre les semailles de mort des barbares

           
 La liberté, la justice et les exilés de « Diego García » attendent son mot et celui de l'Union Européenne. Ils attendent,  « comme les beaux corps de morts qui n'ont pas vieilli / et ils les ont enfermés, avec larmes, dans une tombe splendide / — avec roses sur la tête et dans les pieds des jasmins » (Constantino Kavafis).


* Poète et journaliste


http://www.cristinacastello.com

http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/

castello.cristina@gmail.com


*
Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur

 

Par Jean Dornac
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Samedi 7 mars 2009

À la mémoire d'Anna Politkovskaïa,

assassinée à Moscou le 07/10/06,

et de tous les journalistes disparus

avec une branche de semences dans la bouche :

La passion par la vérité.

 

* * *

 

« Les aléas du métier »

 

Par Cristina Castello

 

- Cristina, oublie l'entrevue avec « Carlitos ».

- Pourquoi ? Je suis cette affaire depuis deux mois, et pour la faire j'ai cherché énormément d'informations, et... toi, tu le sais...!

- Evidemment,  je le sais.

- Alors ?

- Il ne veut pas te recevoir, mais il accepte d'être interviewé par Renée (Sallas), ne t'en fais pas

- Bon, mais... que s’est-il passé ?

- Il dit qu'il nous accorde une entrevue exclusive, à condition que tu ne la fasses pas toi. Mais… Allons, Chris... tu devrais en être fière ! Tu es un point de repère dans le journalisme et lui, il te ferme la porte. 

- Mais qu'est-ce que tu dis ? Je ne comprends pas.

- Que monsieur le Président de la Nation Argentine craint et refuse absolument que tu l'interviewes ! Il ne sait pas répondre à tes questions.

 

 

Ce fut mon dialogue téléphonique avec Jorge de Luján Gutiérrez, directeur de la revue « Gente » (« Gens »), où je travaillais. La date : la seconde moitié de juillet 1989.

« Carlitos »… n'était —n'est — autre que CARLOS MENEM, celui qui était président de l'Argentine depuis le 8 juillet de cette année-là.

Celui qui m’a informée de la décision présidentielle était alors le chef de la SIDE (Secrétariat d'Informations de l'État), Juan Bautista « Tata » Yofre.

 

* * *

 

« … Montrer la foule et chaque homme en détail / Avec ce qui l'anime et qui le désespère / Et sous ses saisons d'homme tout ce qu'il éclaire / Son espoir et son sang son histoire et sa peine » (extrait de « Poème pour tous », Paul Éluard). La poésie illumine toujours. Par ce fragment poétique je commençais mes cours de journalisme ; et la première lecture que je livrais aux élèves, avec l'excuse qu’ils en feraient un travail certain, était « Lettres à un jeune poète », de Rainer-Maria Rilke. Je voulais-je veux- allumer des feux inextinguibles dans chaque être dont le chemin converge vers le mien.

 
Il est dit dans la profession que je suis implacable. C’est certain. Je n'ai jamais travaillé pour la renommée, ni pour être une « star », ni pour une quantité d'argent jamais gagnée, sauf si l’on vend son âme. Je ne me conforme pas à « cette chose » que l’on nomme « la réalité », et rejette ce qui existe par la certitude du peu que j'ai vu, mais dont je pressens l'existence.

J'ai faim et soif de Vérité.

Faire du journalisme c’est répandre des semences. Et l'ensemencement requiert férocité et tendresse pour défendre la vie comme expérience créatrice ; la beauté est la tâche de l'homme et elle exige de dévoiler : d’enlever les masques. Tous.

 

 

J'ai commencé à étudier le journalisme parce que je voulais écrire. Je me suis trompée.

J’avais terminé l'école secondaire à quinze ans et trois mois, j’avais lu beaucoup de livres et écrit beaucoup de poèmes. Je savais trop et ne savais rien : mon « érudition » n'était que théorie. J’avais le savoir de mes lectures et de mon intensité pour vivre à cœur ouvert et à ciel ouvert. Passionnément. Mais j’ignorais mon être, ma soif et mon destin de poète. Je méconnaissais ma racine et je n’ai pas su écouter la voix de mon essence ; celle qui a vécu en moi depuis que j’ai fait mon nid dans le ventre de l'amour, de la poésie et de l'abnégation. Dans celui de Rosita « Chiquita Batmalle », ma maman. Toutefois, j’avais une conscience claire de l'autre force qui nourrit et absorbe ma vie : me donner à « mes » autres.

 

Durant ma première année d’études, j'ai commencé à travailler dans un hebdomadaire, et j’ai terminé le cursus avec la mention la plus honorable et reçu le diplôme d'honneur.

Est survenu alors le premier abîme. Celui que nous devons affronter à la fin d’une étape et au début d’une autre, aussi se demande-t-on: « Et maintenant, quoi ? ».

L'abîme a duré un moment. Parce que ce destin est signe de me donner « à mes » autres, il s’est ajouté à ma plume de poète, celle que je reniais, et je me suis livrée à la profession avec la ferveur et la mystique des semeurs.

Je me suis lancée à harceler les choses impossibles. À essayer de contribuer à « changer la vie » (Rimbaud). Et je persiste. J'ai écrit des kilomètres de mots dans les publications à grand tirage et les plus connues d’Argentine, où je suis née : j'écrivais les articles à la une ; ma voix, mon mot et mon image — mon message — se sont multipliés par la radio et la télévision ; j'ai déclenché une pluie de semences dans l'âme et dans la connaissance de mes disciples de « L'entrevue journalistique ». « Et les arbres et la nuit ne bougent que depuis les nids » (Giuseppe Ungaretti). Enseigner c’est faire des nids. J'ai aimé mes élèves. Je les ai aimés, je les aime. Et j'ai reçu beaucoup d'eux dans notre histoire faite de rigueur journalistique et de complicités, de rires, de mises en question « métaphysiques », douleurs et ravissements partagés : la vie.

 

J'ai été censurée, muselée, menacée de mort et poursuivie. Pour être née en Argentine, pendant la période 1976/83 j'ai souffert ce qu'est l’horreur pour tant d'êtres exterminés ; l'effroi devant 30.000 « disparus » (massacrés), par les militaires du génocide, déclarés ensuite par la Justice coupables de « crímenes de lesa humanidad » («crimes contre l’humanité »).

Sans militantisme dans aucun parti politique et étrangère à tout « isme », sans cet abri (et esclavage) que peut donner le fait d’« appartenir », j’étais certainement en intempérie. Pendant ce temps, je marchais par la vie et par les prisons — quand je pouvais entrer — en visite aux pauvres êtres clôturés, en brandissant une éthique des idées qui évoluerait en éthique de la conduite. J'étais presque une adolescente, mais je vivais seule — j'aime la liberté — et j’ai passé des nuits, tendue à l'étage de mon appartement, en voyant sous la porte deux pieds qui se déplaçaient avec légèreté et permanence : ils étaient des oppresseurs et m'intimidaient ; je suis passée par les interrogatoires policiers jusque dans ma maison ; j'ai subi les « réquisitions » - terme du jargon policier-militaire, dans ce cas relatif à l'inspection humiliante du corps, pour découvrir s'il était dissimulé quelque chose lors de mes visites dans les prisons, par amour pour la vie, pour faire don de moi, à mon prochain.

Je suis passée, je suis passée… je suis passée par tant de choses.

Je ne pouvais intégrer le personnel d'aucun média comme journaliste, parce que j'étais « interdite » par les « services de l'Intelligence ». Je pouvais seulement être pigiste, ce qui revenait à perdre le sommeil face au clavier et ne gagner presque rien comme salaire.

 

Dans ces jours de fin 2006, les menaces continuent… mais plus isolément. En réalité, il n'y a jamais eu de trêve. Ils ont mauvais goût, les ennemis de la vie. En 1987, le jour où, depuis la clinique où j’avais été hospitalisée, en raison d'un sérieux accident de circulation, ils m’ont emmenée provisoirement à la maison, pour poursuivre une convalescence de deux années, ces « gens » se sont fait entendre. Les infirmiers venaient de me « déposer » dans mon lit... finalement le mien !, jusqu'à l'hospitalisation suivante, et à l'autre et l'autre, et les autres opérations... « Tu as un ticket pour la mort, journaliste », ils m'ont menacée. La presse argentine pensait que mon accident avait été un attentat.

 

 

Par quelque Grâce, j'ai surmonté complètement ce qui a trait à cet accident-là. Mon corps n'enregistre aucun signal, et mon être intérieur n'abrite pas de ressentiments ; il y aura une certaine trace ou une peur occulte, oui, mais aussi le remerciement, être vivante et entière... Pourquoi, ceci n'arriverait-il qu'aux autres, sans pour autant se produire pour moi ? Ce qui est dialectique de la vie et de la mort est en nous, mais je suis très sensible à la caresse divine. La poésie et ma substance de résistance spirituelle m'ont sauvée. « Alors, je n'ai pas arrêté. Alors, j'ai marché encore, avec la douleur du froid. J'ai marché et j’ai vu que là, il volait, que là, il revenait –une autre fois — le printemps » (Pablo Neruda). Et mon engagement dans la profession devint en constante évolution. Je n'ai jamais fait de faux pas. Je n’ai jamais commis une seule incohérence, jamais je ne me suis « vendue » bien que les « offres » pour essayer de me corrompre n'aient pas été  peu nombreuses. Toutefois, ça n'est pas un mérite, mais un engagement.

Jusqu'à aujourd'hui, j’en paye le prix. Le prix, oui. Et ça fait mal, oui. Et ça engendre des problèmes, oui. Mais je suis ignorante : je ne sais pas abdiquer. Et dans ma trajectoire il y a des angoisses, mais - aussi des joies, triomphes, satisfactions et, surtout, la sensation du devoir accompli : du mot prononcé à temps.

 

De l'université la trace indélébile de mon maître m'est restée, Pablo Ponzano — un poète, un journaliste, un écrivain — celui par qui j'ai aussi appris l'importance de laisser un sillon, de passer le flambeau. « Travaillons-nous comme » ou « sommes-nous journalistes ? », nous nous le demandions. Nous « sommes» des personnes et «travaillons» -quand nous avons un travail - en tant que journalistes. Mais travailler comme un journaliste c’est Être Humain. C’est - ou, ce devrait être - respecter le côté sacré de la vie. C'est faire des études et des investigations ; c’est une responsabilité et un dévouement. C’est — ou ce devrait être — un amour en acte, pour tenter par la communication de montrer que l'existence est plénitude et non vide. Le journalisme est — ou devrait être — un courage. Et quand je dis « courage », je ne parle pas d'une absence de peur, mais de dignité face au danger.

 

 

L'abîme. Cet abîme-là. Et dans cet instant, l'autre pousse à mes pieds. : « Et maintenant, quoi ? ». Et maintenant comme j’écris que le bon journalisme n'existe pas dans le monde, sauf exceptions Comment franchir et l'outrepasser ce précipice ? Avec la vérité : car pour pouvoir tromper la réalité, il faut la connaître.

De quel journalisme parlons-nous ? En novembre 2006 le Congrès des États-Unis a voté pour légaliser la torture et d'autres atrocités similaires, tandis que la discussion dans les médias de masse tournait autour de certaines allusions sexuelles d'un législateur républicain à quelques jeunes hommes employés au Parlement. Et certes, c'est important… si le but n'est pas de distraire l'attention sur une barbarie semblable et d'ignorer les massacres au Liban, en Palestine, en Iran... et voilà que suit le nombre incalculable des victimes. Qui, quel média de communication parle des millions de dollars que le marché de la drogue apporte à son économie, entre autres « petitesses » ? Cela n'arrive pas seulement aux Etats Unis, mais dans le monde entier, sauf dans quelques médias « alternatifs », sur Internet, dans des exceptions honorables et dans certains médias de masse.

 

Comment peut-il se faire que chaque année 15 millions d'enfants meurent de faim, malgré le fait que l’on produit 10 % d'aliments de plus qu’il n’en fallait à toute l'humanité pour vivre ? Et surtout : Comment peut-on admettre que, combattre la violence de la faim, n'est pas prioritaire pour la presse ?

Pourquoi la culture est-elle la Cendrillon des médias ? Je pense à Kafka et à sa certitude de ce qu'elle devrait nous réveiller comme un coup de marteau sur le crâne. La lucidité peut nous perturber ou nous donner une paix ; nous poser des questions ou nous répondre.

Ce qui est certain est qu'elle ne nous laisse pas égaux, parce que la véritable révolution est la révolution de la culture et de la vérité. Mais si le plus élémentaire manuel de journalisme indique comme objectifs : informer, éduquer et éclaircir, alors j'ajouterais qu’il est indispensable que nous nous demandions si c’est cela informer. Et instruire.

Non. Les médias sont des corporations, ils manipulent l'opinion. La pensée unique a centralisé la liberté de la presse dans les entreprises et les gouvernements, qui — paradoxalement — proclament l'indépendance. En contrepartie, le peu de journalistes qui défendent la vérité —ceux à qui les médias le permettent — peuvent être réduits au silence. Exilés de la profession. Ou pire encore. Selon « Reporters Sans Frontières », jusqu'en novembre 2006 - la date de ce texte - 65 journalistes ont été assassinés et 131 emprisonnés ; et déjà en septembre la Fédération Internationale des Journalistes et d'autres organisations ont promu une nouvelle initiative globale pour encourager les efforts internationaux, afin que le journalisme soit un travail plus sûr dans le monde entier.

Je me demande s'il est contradictoire d’affirmer que le bon journalisme et les bons médias ne sont pas légions, ainsi que les cas que je viens de citer. Non, puisque ce sont les exceptions.

 

Sortir de l'abîme de : « et maintenant, quoi ? », j'ai écrit dans des lignes antérieures et c’est déjà fait, une partie de la vérité est dite. Mais j'essaierai de l'enrichir, puisque non tout est terrible ; il y a des moments lumineux et, toujours dans les plus obscurs, l'aube apparaît obstinée.

J'ai travaillé dans des spécialités distinctes à l'intérieur de ce métier, mais la culture, la critique d'art et la politique sont celles où j'ai véritablement mis l'accent, majoritairement en Argentine, mais aussi en l'Europe. J'ai été une simple rédactrice, un chroniqueur, une éditorialiste et rédactrice en chef, en graphique ; une productrice, une scénariste et une conductrice, à la radio à la télévision ; également enseignante à l’Université.

En 1982 est apparu à Buenos Aires le glorieux quotidien « Tiempo Argentino »

(« Temps Argentin »), une création de celui qui a été son directeur dans la première étape, notre bien-aimé Horacio Burzaco. Mon chef de rédaction à cette époque,  dans la section « La Culture », a été le très talentueux écrivain et membre de l'Académie Nationale de Journalisme, Ernesto Schoo. Il a décelé en moi un talent d’interviewer ; et depuis lors il m'est resté cette étiquette et la quasi-exclusivité de cette spécialité, qui est un genre de la littérature, quand on l'exerce comme il se doit. Ainsi ai-je réalisé plus de trois mille entrevues.

 

Jusqu'à 1986, date de la fermeture de ce quotidien-là, j'ai vécu l'étape la plus heureuse- pleine et enrichissante. Mes compagnons étaient personnes cultivées, joyeuses, et aussi noctambules à l'image de Buenos Aires ; nous travaillions dans ce que nous aimions et nous recevions un bon salaire. Nous étions en harmonie : nous cherchions l'excellence et nous savions nous amuser. Un délice.

 

Mes interviews avec les hautes personnalités de la culture occupaient les deux pages centrales ou, faisaient la une du journal .J’interviewais également des personnes illustres, des artistes, des hommes de science, des écrivains, des philosophes… Je me suis spirituellement enrichie dans ces dialogues qui pouvaient durer de deux à huit heures, mais surtout, j’ai pu donner aux lecteurs un autre regard, d'autres contenus, une autre vision du monde au-delà du contingent et de l’immédiat : le sens de la transcendance. L’aboutissement consiste à tenir compte avant tout du public non de son image personnelle : le public, et non l'éclat personnel.

 

Dans cette perspective, posons-nous la question de savoir qu’est-ce qu’une interview ?

Puisque, je me répète : c’est répandre des graines. Si l’interlocuteur possède des richesses, elles sont renforcées par les bonnes questions, d'où l'importance de tout savoir de lui au préalable. Mais « tout » veut dire « tout », ce qui est un travail obligatoire : par respect pour chaque trajectoire, pour éviter les lieux communs… ainsi, pour enrichir le lecteur, le téléspectateur ou l’auditeur, celui qui veut entendre le monde et se connaître, celui qui a besoin d'une compagnie, de références et d’identités.

 

Ceux-là étaient les « dignes », avec qui j'étais arrivée munie de l'expérience de mon travail antérieur dans tous les médias de la ville de Córdoba (Cordoue), particulièrement ceux des journaux « Córdoba » (« Cordoue »), et « La voz del Interior » (« La voix de l'Intérieur »).

Les « dignes », mais aussi il y avait les « autres », les « indignes »… Et voilà cet apparent manichéisme, auquel j'ai recours pour simplifier le récit. Les « autres » : « la race de ceux qui détestent la vie, la race de celles qui ne disent jamais la vérité, la race qui fonde  les os du peuple, avec le mensonge et la tromperie » (William Yeats).

 

 

Lors de mon emploi à « Temps Argentin» et après, surtout dans les revues « Gente » (« des Gens »), « Somos » (« Nous Sommes »), « La Semana » (« La Semaine ») (où j'étais pour celle-ci pigiste), « Para Ti » (« Pour toi »), « El Gráfico » (« Le Graphique »), j’ai dû me faire violence avec certains politiques qui se montraient exécrables, bien qu'il y ait aussi eu certaines exceptions d’hommes politiques bienveillants. J’ai été face à face avec des arrivistes, des corrompus, des tortionnaires et des assassins. De la même manière que j’avais été ferme pour trouver le meilleur des plus avenants, je restais implacable avec les autres. Chargée d'information — je savais « tout », ce qui veut dire « tout », de chacun d'eux —je semais au gré du vent, mais sans oublier que celui qui conduit le dialogue est le journaliste. Ce qui est certain c’est qu'ainsi avec les « bienveillants » je recueillais des parfums, des couleurs et des fragments d'Absolu, dans le cas des fourbes et une fois enlevés les masques, il ne restait en lumière que « des visages impitoyables » qui bouleversent la Nature.

 

Implacable, j'ai été et suis dans mon travail comme journaliste. Pour montrer et démontrer au public la beauté, afin qu'elle l'attire, et le rapproche de la bonté ; Pour montrer ce qui est horreur et causer un rejet. Pour « … montrer la multitude et chaque homme en détail… ».

Dans la revue « Gente », où j'ai travaillé pendant de nombreuses années et presque toujours chargée des « contrefaits », le directeur — Jorge de Luján Gutiérrez— a créé une section pour mes entrevues ; elle s’appelait « A quemarropa » (« À bout portant »). Le nom agit comme adjectif.

 

Je poursuivais ma route. On disait que je faisais même parler les pierres, mes collègues plaisantaient, insistant sur le fait que je faisais le « travail malsain » de la profession. Dans « Viva » (« Vive »), la revue du journal « Clarín » (« Clairon ») — journal qui a le plus gros tirage d’Argentine — j'ai fait de grandes entrevues qui occupaient dix ou douze pages de cette édition dominicale-là, à des personnes de la culture et du spectacle. La condition était qu'elles soient très connues. Les médias publient seulement ceux qui sont « célèbres », mais ne devraient-ils pas…faire connaître les personnes pour leurs valeurs humaines, citoyennes, fraternelles, professionnelles ou artistiques ? Ils publient ceux qui sont « célèbres ».

 

Je dis toujours que tous nous avons dans la vie un, deux ou davantage de moments de rupture. Faits heureux ou malheureux, qui marquent une fracture, à partir de laquelle il y a un avant et un après. Si je pense à ma vie professionnelle, il y en a eu plusieurs. Mais la plus belle a été un piège que la vie a tendu vers l’horreur. Curieusement, je la « dois » aux militaires du génocide de l'Argentine. Non seulement, ils ont interdit que je fasse partie de tout personnel des médias, et ils m'ont « punie » comme pigiste, mais aussi sur ce que j’avais écrit de « politique » ou sur la « société ». Dans le journal ils m’ont « condamnée » à écrire sur l'art. Alors, tandis qu'on fermait beaucoup de portes cet État de terreur, là, il a été ouvert de plus une porte pour mon âme. L'art, axe dans ma vie. Écrire sur les arts plastiques, faisant corps avec la poésie dessinée ou des couleurs, ce qui a enrichi mon imagination et m'a confirmée, davantage, comme poète. Volait le vol, au milieu de/ et malgré la mort.

 

Habituée à « vivre dangereusement » dans la violence – c’est –à-dire aimer et lutter pour la paix dans un monde devenu fou - je me suis construis un havre de paix avec mon programme de télévision, « Sans Masque ». Une émission de culture, traversée par la vie, où j'unissais poésie, peinture et musique à ma tâche de journaliste. J’y étais l’unique responsable et cela me permettait de faire ce que je voulais, j'y ai interviewé des personnalités importantes pour puiser en elles « la substantifique  moelle » comme dit Rabelais (la quintessence) afin de nourrir culturellement et spirituellement le public. Mêmes circonstances à la radio avec mon émission « Convenons que … avec Cristina Castello » ainsi qu’avec ma participation dans d’autres émissions comme éditorialiste. La liberté est la beauté et la beauté exige la liberté.

 

De nos jours le défi est de changer le journalisme, pour qu'il serve au bien commun.

Et cette mission est celle des journalistes et des citoyens dont nous devons exiger qu’ils servent à essayer de changer la vie car nous ne pouvons pas être des brebis.

 

« J'ai essayé d'écrire le paradis. / Qu'est-ce que le paradis ? /Ne vous bougez pas/Laissez parler le vent/Celui-là c'est le paradis. /Que les êtres humains pardonnent ce que j'ai fait » (Ezra Pound). 

 

J’emprunte les mots du poète. Que ceux qui lisent ce battement de vie pardonnent ce que j'ai fait. Et que les journalistes actuels ou futurs mettent des gants. Pour écrire le paradis et faire écouter la musique du vent.

 

Cristina Castello

 

« Les volcans lancent des pierres et les révolutions des hommes » (Victor Hugo)

Par des volcans et révolutions (dans le sens de transformation : en paix).

Et par le poète et la poésie qu'ils leur nomment. (C.C.)

 

 

- Cet article fut écrit à la gentille demande de la journaliste et poète Maggy de Coster,
afin de le publier dans son livre « Le journalisme expliqué aux non-initiés ».

 

http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/article-12312569.html

Par Jean Dornac
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