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Dimanche 8 mars 2009

-Enfin un peu de paix-

(suite écrite le 25 février)

Voilà, ça y est, le directeur de ce foyer m'a appelé ce matin et je dois y être officiellement le 2 mars.

Ah oui, au fait, il FAUT absolument que je trouve un appareil photo pas cher -j'sé ou en trouver dans Paris- mais pas un jetable, c'est pour illustrer quelques épisodes de ma vie, et pour des projets persos, et bien qu'un appareil jetable dépanne bien, ça ne vaut pas un appareil à soi, ça revient moins cher à l'usage, déjà, mais je ne sais pas quel impact retenti sur l'environnement.

Alors, j'espère vous envoyer une photo de ma chambre, avant d'y mettre mon bazar.


OUI, Oui, il a dit OUI !

ben, je l'aurais attendue, cette réponse, nom didjû !


Donc ne vous inquiétez pas si vous n'avez pas trop de nouvelles de moi directement, car j'ai mes zaffaires à trier - pfffff encore du boulot naaaaaaaaaannnnnnnnn - et ça prends du temps ; car j'ai quelques défauts majeurs, un je ronfle, deux chuis bordélique !

Est-ce que ça se guérit ?

Non, c'est vrai, c'est important, parce que trop souvent à mon goût, je "perds" des trucs, bidules, choses et autres machins que je retrouve quelques temps plus tard.


Enfin, je verrais ça avec mes psys.


Et ENFIN, ENFIN, j'habiterais dans un endroit à MOI TOUTE SEULE, car ...ça ne m'est jamais arrivé !

Je ne considère pas une chambre seule chez mes parents comme un truc à moi.

Sinon, partager une chambre avec quelqu'un d'autre, ça dépanne, y'a un toit au-dessus de ma tête, quatre murs autour de moi, mais jamais je ne me suis sentie chez moi !!


Et plop, le bouchon d'une bouteille qui saute !


Et hop, un pas de plus vers une nouvelle vie, une vie qui deviendra vraiment la mienne !


Un loyer mensuel, comme dans un vrai appartement, mais un loyer très très modéré, je l'avais déjà dit ; je reçois une fortune mensuelle, 450 euros par mois, - eh oui, ça aussi ça augmente, mais pas à 200%- donc mon premier loyer sera de 135 euros, ce qui me laissera assez non seulement pour mes besoins spécifiques, mais aussi pour quelques loisirs et fredaines.


Bizarre, cette nuit je n'ai pas dormi, trop de tensions, d'énervement, d'angoisse, et donc voilà une nuit blanche, passée devant l'ordinateur du cyber-centre.


Mais après avoir reçu ce fameux appel AINSI QUE la "bonne" réponse, ...j'ai couru aux toilettes !

Non, je ne donnerais pas de détails, nom mais !

Sachez simplement que j'ai eu l'impression de me dégager d'un gros poids, si j'ose dire. (et elle ose)

Un pas de plus...vers l'autonomie !


Parce que j'ai vécu chez des amis, dont une seule personne parmi 5 est restée chère à mon cœur, ( Sonia si tu te reconnais....) tandis que certains autres....et à un moment c'était même devenu tellement insupportable, que j'ai préféré retourner "dans la rue", avec le risque de composer le 115 tous les jours, et même peut-être le soir, si manque de places le matin.


Mais je m'en fichais, j'ai préféré aller dormir dans un hôpital mais jamais rester dehors, trop dangereux surtout pour une nana, j'ai préféré l'inconfort matériel plutôt qu'une soumission reconnaissante à deux ex-amis qui voulaient me diriger à la baguette; deux dingues, pas à enfermer, mais complètement cinglés ; je n'ai pas sauvé ma peau, mais mon moi qui pense et qui crée, qui aime la vie, qui s'arrête pour cueillir un fruit, caresser un chien, vivre, tout simplement.

Et le lendemain, -tiens c'est amusant, je souris quand j'y repense- je suis allée dans le cabinet de ma psychologue, et j'étais mal dans ma peau tout en sachant que ce que je faisais était bien pour moi.


Vous pensez bien que j'ai raconté des bobards, mensonges, craques à mes ex-amis, disant que j'allais vivre chez une autre amie.


Et bien, ça ne s'est pas du tout passé comme ça ; le soir, je rassemblais mes affaires, le lendemain matin, je composai le 115, numéro gratuit d'urgence pour les personnes sans-abri.


Évidemment, je ne vais pas rester à ne rien faire, j'ai des dossiers en cours avec mon assistant social, et des projets persos.


Dodo, chuis crevée, fatiguée, cuite aux petits oignons....


@+++pour la suite

Par Jean Dornac - Publié dans : La vie de Dona Quichotta
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Samedi 7 mars 2009

À la mémoire d'Anna Politkovskaïa,

assassinée à Moscou le 07/10/06,

et de tous les journalistes disparus

avec une branche de semences dans la bouche :

La passion par la vérité.

 

* * *

 

« Les aléas du métier »

 

Par Cristina Castello

 

- Cristina, oublie l'entrevue avec « Carlitos ».

- Pourquoi ? Je suis cette affaire depuis deux mois, et pour la faire j'ai cherché énormément d'informations, et... toi, tu le sais...!

- Evidemment,  je le sais.

- Alors ?

- Il ne veut pas te recevoir, mais il accepte d'être interviewé par Renée (Sallas), ne t'en fais pas

- Bon, mais... que s’est-il passé ?

- Il dit qu'il nous accorde une entrevue exclusive, à condition que tu ne la fasses pas toi. Mais… Allons, Chris... tu devrais en être fière ! Tu es un point de repère dans le journalisme et lui, il te ferme la porte. 

- Mais qu'est-ce que tu dis ? Je ne comprends pas.

- Que monsieur le Président de la Nation Argentine craint et refuse absolument que tu l'interviewes ! Il ne sait pas répondre à tes questions.

 

 

Ce fut mon dialogue téléphonique avec Jorge de Luján Gutiérrez, directeur de la revue « Gente » (« Gens »), où je travaillais. La date : la seconde moitié de juillet 1989.

« Carlitos »… n'était —n'est — autre que CARLOS MENEM, celui qui était président de l'Argentine depuis le 8 juillet de cette année-là.

Celui qui m’a informée de la décision présidentielle était alors le chef de la SIDE (Secrétariat d'Informations de l'État), Juan Bautista « Tata » Yofre.

 

* * *

 

« … Montrer la foule et chaque homme en détail / Avec ce qui l'anime et qui le désespère / Et sous ses saisons d'homme tout ce qu'il éclaire / Son espoir et son sang son histoire et sa peine » (extrait de « Poème pour tous », Paul Éluard). La poésie illumine toujours. Par ce fragment poétique je commençais mes cours de journalisme ; et la première lecture que je livrais aux élèves, avec l'excuse qu’ils en feraient un travail certain, était « Lettres à un jeune poète », de Rainer-Maria Rilke. Je voulais-je veux- allumer des feux inextinguibles dans chaque être dont le chemin converge vers le mien.

 
Il est dit dans la profession que je suis implacable. C’est certain. Je n'ai jamais travaillé pour la renommée, ni pour être une « star », ni pour une quantité d'argent jamais gagnée, sauf si l’on vend son âme. Je ne me conforme pas à « cette chose » que l’on nomme « la réalité », et rejette ce qui existe par la certitude du peu que j'ai vu, mais dont je pressens l'existence.

J'ai faim et soif de Vérité.

Faire du journalisme c’est répandre des semences. Et l'ensemencement requiert férocité et tendresse pour défendre la vie comme expérience créatrice ; la beauté est la tâche de l'homme et elle exige de dévoiler : d’enlever les masques. Tous.

 

 

J'ai commencé à étudier le journalisme parce que je voulais écrire. Je me suis trompée.

J’avais terminé l'école secondaire à quinze ans et trois mois, j’avais lu beaucoup de livres et écrit beaucoup de poèmes. Je savais trop et ne savais rien : mon « érudition » n'était que théorie. J’avais le savoir de mes lectures et de mon intensité pour vivre à cœur ouvert et à ciel ouvert. Passionnément. Mais j’ignorais mon être, ma soif et mon destin de poète. Je méconnaissais ma racine et je n’ai pas su écouter la voix de mon essence ; celle qui a vécu en moi depuis que j’ai fait mon nid dans le ventre de l'amour, de la poésie et de l'abnégation. Dans celui de Rosita « Chiquita Batmalle », ma maman. Toutefois, j’avais une conscience claire de l'autre force qui nourrit et absorbe ma vie : me donner à « mes » autres.

 

Durant ma première année d’études, j'ai commencé à travailler dans un hebdomadaire, et j’ai terminé le cursus avec la mention la plus honorable et reçu le diplôme d'honneur.

Est survenu alors le premier abîme. Celui que nous devons affronter à la fin d’une étape et au début d’une autre, aussi se demande-t-on: « Et maintenant, quoi ? ».

L'abîme a duré un moment. Parce que ce destin est signe de me donner « à mes » autres, il s’est ajouté à ma plume de poète, celle que je reniais, et je me suis livrée à la profession avec la ferveur et la mystique des semeurs.

Je me suis lancée à harceler les choses impossibles. À essayer de contribuer à « changer la vie » (Rimbaud). Et je persiste. J'ai écrit des kilomètres de mots dans les publications à grand tirage et les plus connues d’Argentine, où je suis née : j'écrivais les articles à la une ; ma voix, mon mot et mon image — mon message — se sont multipliés par la radio et la télévision ; j'ai déclenché une pluie de semences dans l'âme et dans la connaissance de mes disciples de « L'entrevue journalistique ». « Et les arbres et la nuit ne bougent que depuis les nids » (Giuseppe Ungaretti). Enseigner c’est faire des nids. J'ai aimé mes élèves. Je les ai aimés, je les aime. Et j'ai reçu beaucoup d'eux dans notre histoire faite de rigueur journalistique et de complicités, de rires, de mises en question « métaphysiques », douleurs et ravissements partagés : la vie.

 

J'ai été censurée, muselée, menacée de mort et poursuivie. Pour être née en Argentine, pendant la période 1976/83 j'ai souffert ce qu'est l’horreur pour tant d'êtres exterminés ; l'effroi devant 30.000 « disparus » (massacrés), par les militaires du génocide, déclarés ensuite par la Justice coupables de « crímenes de lesa humanidad » («crimes contre l’humanité »).

Sans militantisme dans aucun parti politique et étrangère à tout « isme », sans cet abri (et esclavage) que peut donner le fait d’« appartenir », j’étais certainement en intempérie. Pendant ce temps, je marchais par la vie et par les prisons — quand je pouvais entrer — en visite aux pauvres êtres clôturés, en brandissant une éthique des idées qui évoluerait en éthique de la conduite. J'étais presque une adolescente, mais je vivais seule — j'aime la liberté — et j’ai passé des nuits, tendue à l'étage de mon appartement, en voyant sous la porte deux pieds qui se déplaçaient avec légèreté et permanence : ils étaient des oppresseurs et m'intimidaient ; je suis passée par les interrogatoires policiers jusque dans ma maison ; j'ai subi les « réquisitions » - terme du jargon policier-militaire, dans ce cas relatif à l'inspection humiliante du corps, pour découvrir s'il était dissimulé quelque chose lors de mes visites dans les prisons, par amour pour la vie, pour faire don de moi, à mon prochain.

Je suis passée, je suis passée… je suis passée par tant de choses.

Je ne pouvais intégrer le personnel d'aucun média comme journaliste, parce que j'étais « interdite » par les « services de l'Intelligence ». Je pouvais seulement être pigiste, ce qui revenait à perdre le sommeil face au clavier et ne gagner presque rien comme salaire.

 

Dans ces jours de fin 2006, les menaces continuent… mais plus isolément. En réalité, il n'y a jamais eu de trêve. Ils ont mauvais goût, les ennemis de la vie. En 1987, le jour où, depuis la clinique où j’avais été hospitalisée, en raison d'un sérieux accident de circulation, ils m’ont emmenée provisoirement à la maison, pour poursuivre une convalescence de deux années, ces « gens » se sont fait entendre. Les infirmiers venaient de me « déposer » dans mon lit... finalement le mien !, jusqu'à l'hospitalisation suivante, et à l'autre et l'autre, et les autres opérations... « Tu as un ticket pour la mort, journaliste », ils m'ont menacée. La presse argentine pensait que mon accident avait été un attentat.

 

 

Par quelque Grâce, j'ai surmonté complètement ce qui a trait à cet accident-là. Mon corps n'enregistre aucun signal, et mon être intérieur n'abrite pas de ressentiments ; il y aura une certaine trace ou une peur occulte, oui, mais aussi le remerciement, être vivante et entière... Pourquoi, ceci n'arriverait-il qu'aux autres, sans pour autant se produire pour moi ? Ce qui est dialectique de la vie et de la mort est en nous, mais je suis très sensible à la caresse divine. La poésie et ma substance de résistance spirituelle m'ont sauvée. « Alors, je n'ai pas arrêté. Alors, j'ai marché encore, avec la douleur du froid. J'ai marché et j’ai vu que là, il volait, que là, il revenait –une autre fois — le printemps » (Pablo Neruda). Et mon engagement dans la profession devint en constante évolution. Je n'ai jamais fait de faux pas. Je n’ai jamais commis une seule incohérence, jamais je ne me suis « vendue » bien que les « offres » pour essayer de me corrompre n'aient pas été  peu nombreuses. Toutefois, ça n'est pas un mérite, mais un engagement.

Jusqu'à aujourd'hui, j’en paye le prix. Le prix, oui. Et ça fait mal, oui. Et ça engendre des problèmes, oui. Mais je suis ignorante : je ne sais pas abdiquer. Et dans ma trajectoire il y a des angoisses, mais - aussi des joies, triomphes, satisfactions et, surtout, la sensation du devoir accompli : du mot prononcé à temps.

 

De l'université la trace indélébile de mon maître m'est restée, Pablo Ponzano — un poète, un journaliste, un écrivain — celui par qui j'ai aussi appris l'importance de laisser un sillon, de passer le flambeau. « Travaillons-nous comme » ou « sommes-nous journalistes ? », nous nous le demandions. Nous « sommes» des personnes et «travaillons» -quand nous avons un travail - en tant que journalistes. Mais travailler comme un journaliste c’est Être Humain. C’est - ou, ce devrait être - respecter le côté sacré de la vie. C'est faire des études et des investigations ; c’est une responsabilité et un dévouement. C’est — ou ce devrait être — un amour en acte, pour tenter par la communication de montrer que l'existence est plénitude et non vide. Le journalisme est — ou devrait être — un courage. Et quand je dis « courage », je ne parle pas d'une absence de peur, mais de dignité face au danger.

 

 

L'abîme. Cet abîme-là. Et dans cet instant, l'autre pousse à mes pieds. : « Et maintenant, quoi ? ». Et maintenant comme j’écris que le bon journalisme n'existe pas dans le monde, sauf exceptions Comment franchir et l'outrepasser ce précipice ? Avec la vérité : car pour pouvoir tromper la réalité, il faut la connaître.

De quel journalisme parlons-nous ? En novembre 2006 le Congrès des États-Unis a voté pour légaliser la torture et d'autres atrocités similaires, tandis que la discussion dans les médias de masse tournait autour de certaines allusions sexuelles d'un législateur républicain à quelques jeunes hommes employés au Parlement. Et certes, c'est important… si le but n'est pas de distraire l'attention sur une barbarie semblable et d'ignorer les massacres au Liban, en Palestine, en Iran... et voilà que suit le nombre incalculable des victimes. Qui, quel média de communication parle des millions de dollars que le marché de la drogue apporte à son économie, entre autres « petitesses » ? Cela n'arrive pas seulement aux Etats Unis, mais dans le monde entier, sauf dans quelques médias « alternatifs », sur Internet, dans des exceptions honorables et dans certains médias de masse.

 

Comment peut-il se faire que chaque année 15 millions d'enfants meurent de faim, malgré le fait que l’on produit 10 % d'aliments de plus qu’il n’en fallait à toute l'humanité pour vivre ? Et surtout : Comment peut-on admettre que, combattre la violence de la faim, n'est pas prioritaire pour la presse ?

Pourquoi la culture est-elle la Cendrillon des médias ? Je pense à Kafka et à sa certitude de ce qu'elle devrait nous réveiller comme un coup de marteau sur le crâne. La lucidité peut nous perturber ou nous donner une paix ; nous poser des questions ou nous répondre.

Ce qui est certain est qu'elle ne nous laisse pas égaux, parce que la véritable révolution est la révolution de la culture et de la vérité. Mais si le plus élémentaire manuel de journalisme indique comme objectifs : informer, éduquer et éclaircir, alors j'ajouterais qu’il est indispensable que nous nous demandions si c’est cela informer. Et instruire.

Non. Les médias sont des corporations, ils manipulent l'opinion. La pensée unique a centralisé la liberté de la presse dans les entreprises et les gouvernements, qui — paradoxalement — proclament l'indépendance. En contrepartie, le peu de journalistes qui défendent la vérité —ceux à qui les médias le permettent — peuvent être réduits au silence. Exilés de la profession. Ou pire encore. Selon « Reporters Sans Frontières », jusqu'en novembre 2006 - la date de ce texte - 65 journalistes ont été assassinés et 131 emprisonnés ; et déjà en septembre la Fédération Internationale des Journalistes et d'autres organisations ont promu une nouvelle initiative globale pour encourager les efforts internationaux, afin que le journalisme soit un travail plus sûr dans le monde entier.

Je me demande s'il est contradictoire d’affirmer que le bon journalisme et les bons médias ne sont pas légions, ainsi que les cas que je viens de citer. Non, puisque ce sont les exceptions.

 

Sortir de l'abîme de : « et maintenant, quoi ? », j'ai écrit dans des lignes antérieures et c’est déjà fait, une partie de la vérité est dite. Mais j'essaierai de l'enrichir, puisque non tout est terrible ; il y a des moments lumineux et, toujours dans les plus obscurs, l'aube apparaît obstinée.

J'ai travaillé dans des spécialités distinctes à l'intérieur de ce métier, mais la culture, la critique d'art et la politique sont celles où j'ai véritablement mis l'accent, majoritairement en Argentine, mais aussi en l'Europe. J'ai été une simple rédactrice, un chroniqueur, une éditorialiste et rédactrice en chef, en graphique ; une productrice, une scénariste et une conductrice, à la radio à la télévision ; également enseignante à l’Université.

En 1982 est apparu à Buenos Aires le glorieux quotidien « Tiempo Argentino »

(« Temps Argentin »), une création de celui qui a été son directeur dans la première étape, notre bien-aimé Horacio Burzaco. Mon chef de rédaction à cette époque,  dans la section « La Culture », a été le très talentueux écrivain et membre de l'Académie Nationale de Journalisme, Ernesto Schoo. Il a décelé en moi un talent d’interviewer ; et depuis lors il m'est resté cette étiquette et la quasi-exclusivité de cette spécialité, qui est un genre de la littérature, quand on l'exerce comme il se doit. Ainsi ai-je réalisé plus de trois mille entrevues.

 

Jusqu'à 1986, date de la fermeture de ce quotidien-là, j'ai vécu l'étape la plus heureuse- pleine et enrichissante. Mes compagnons étaient personnes cultivées, joyeuses, et aussi noctambules à l'image de Buenos Aires ; nous travaillions dans ce que nous aimions et nous recevions un bon salaire. Nous étions en harmonie : nous cherchions l'excellence et nous savions nous amuser. Un délice.

 

Mes interviews avec les hautes personnalités de la culture occupaient les deux pages centrales ou, faisaient la une du journal .J’interviewais également des personnes illustres, des artistes, des hommes de science, des écrivains, des philosophes… Je me suis spirituellement enrichie dans ces dialogues qui pouvaient durer de deux à huit heures, mais surtout, j’ai pu donner aux lecteurs un autre regard, d'autres contenus, une autre vision du monde au-delà du contingent et de l’immédiat : le sens de la transcendance. L’aboutissement consiste à tenir compte avant tout du public non de son image personnelle : le public, et non l'éclat personnel.

 

Dans cette perspective, posons-nous la question de savoir qu’est-ce qu’une interview ?

Puisque, je me répète : c’est répandre des graines. Si l’interlocuteur possède des richesses, elles sont renforcées par les bonnes questions, d'où l'importance de tout savoir de lui au préalable. Mais « tout » veut dire « tout », ce qui est un travail obligatoire : par respect pour chaque trajectoire, pour éviter les lieux communs… ainsi, pour enrichir le lecteur, le téléspectateur ou l’auditeur, celui qui veut entendre le monde et se connaître, celui qui a besoin d'une compagnie, de références et d’identités.

 

Ceux-là étaient les « dignes », avec qui j'étais arrivée munie de l'expérience de mon travail antérieur dans tous les médias de la ville de Córdoba (Cordoue), particulièrement ceux des journaux « Córdoba » (« Cordoue »), et « La voz del Interior » (« La voix de l'Intérieur »).

Les « dignes », mais aussi il y avait les « autres », les « indignes »… Et voilà cet apparent manichéisme, auquel j'ai recours pour simplifier le récit. Les « autres » : « la race de ceux qui détestent la vie, la race de celles qui ne disent jamais la vérité, la race qui fonde  les os du peuple, avec le mensonge et la tromperie » (William Yeats).

 

 

Lors de mon emploi à « Temps Argentin» et après, surtout dans les revues « Gente » (« des Gens »), « Somos » (« Nous Sommes »), « La Semana » (« La Semaine ») (où j'étais pour celle-ci pigiste), « Para Ti » (« Pour toi »), « El Gráfico » (« Le Graphique »), j’ai dû me faire violence avec certains politiques qui se montraient exécrables, bien qu'il y ait aussi eu certaines exceptions d’hommes politiques bienveillants. J’ai été face à face avec des arrivistes, des corrompus, des tortionnaires et des assassins. De la même manière que j’avais été ferme pour trouver le meilleur des plus avenants, je restais implacable avec les autres. Chargée d'information — je savais « tout », ce qui veut dire « tout », de chacun d'eux —je semais au gré du vent, mais sans oublier que celui qui conduit le dialogue est le journaliste. Ce qui est certain c’est qu'ainsi avec les « bienveillants » je recueillais des parfums, des couleurs et des fragments d'Absolu, dans le cas des fourbes et une fois enlevés les masques, il ne restait en lumière que « des visages impitoyables » qui bouleversent la Nature.

 

Implacable, j'ai été et suis dans mon travail comme journaliste. Pour montrer et démontrer au public la beauté, afin qu'elle l'attire, et le rapproche de la bonté ; Pour montrer ce qui est horreur et causer un rejet. Pour « … montrer la multitude et chaque homme en détail… ».

Dans la revue « Gente », où j'ai travaillé pendant de nombreuses années et presque toujours chargée des « contrefaits », le directeur — Jorge de Luján Gutiérrez— a créé une section pour mes entrevues ; elle s’appelait « A quemarropa » (« À bout portant »). Le nom agit comme adjectif.

 

Je poursuivais ma route. On disait que je faisais même parler les pierres, mes collègues plaisantaient, insistant sur le fait que je faisais le « travail malsain » de la profession. Dans « Viva » (« Vive »), la revue du journal « Clarín » (« Clairon ») — journal qui a le plus gros tirage d’Argentine — j'ai fait de grandes entrevues qui occupaient dix ou douze pages de cette édition dominicale-là, à des personnes de la culture et du spectacle. La condition était qu'elles soient très connues. Les médias publient seulement ceux qui sont « célèbres », mais ne devraient-ils pas…faire connaître les personnes pour leurs valeurs humaines, citoyennes, fraternelles, professionnelles ou artistiques ? Ils publient ceux qui sont « célèbres ».

 

Je dis toujours que tous nous avons dans la vie un, deux ou davantage de moments de rupture. Faits heureux ou malheureux, qui marquent une fracture, à partir de laquelle il y a un avant et un après. Si je pense à ma vie professionnelle, il y en a eu plusieurs. Mais la plus belle a été un piège que la vie a tendu vers l’horreur. Curieusement, je la « dois » aux militaires du génocide de l'Argentine. Non seulement, ils ont interdit que je fasse partie de tout personnel des médias, et ils m'ont « punie » comme pigiste, mais aussi sur ce que j’avais écrit de « politique » ou sur la « société ». Dans le journal ils m’ont « condamnée » à écrire sur l'art. Alors, tandis qu'on fermait beaucoup de portes cet État de terreur, là, il a été ouvert de plus une porte pour mon âme. L'art, axe dans ma vie. Écrire sur les arts plastiques, faisant corps avec la poésie dessinée ou des couleurs, ce qui a enrichi mon imagination et m'a confirmée, davantage, comme poète. Volait le vol, au milieu de/ et malgré la mort.

 

Habituée à « vivre dangereusement » dans la violence – c’est –à-dire aimer et lutter pour la paix dans un monde devenu fou - je me suis construis un havre de paix avec mon programme de télévision, « Sans Masque ». Une émission de culture, traversée par la vie, où j'unissais poésie, peinture et musique à ma tâche de journaliste. J’y étais l’unique responsable et cela me permettait de faire ce que je voulais, j'y ai interviewé des personnalités importantes pour puiser en elles « la substantifique  moelle » comme dit Rabelais (la quintessence) afin de nourrir culturellement et spirituellement le public. Mêmes circonstances à la radio avec mon émission « Convenons que … avec Cristina Castello » ainsi qu’avec ma participation dans d’autres émissions comme éditorialiste. La liberté est la beauté et la beauté exige la liberté.

 

De nos jours le défi est de changer le journalisme, pour qu'il serve au bien commun.

Et cette mission est celle des journalistes et des citoyens dont nous devons exiger qu’ils servent à essayer de changer la vie car nous ne pouvons pas être des brebis.

 

« J'ai essayé d'écrire le paradis. / Qu'est-ce que le paradis ? /Ne vous bougez pas/Laissez parler le vent/Celui-là c'est le paradis. /Que les êtres humains pardonnent ce que j'ai fait » (Ezra Pound). 

 

J’emprunte les mots du poète. Que ceux qui lisent ce battement de vie pardonnent ce que j'ai fait. Et que les journalistes actuels ou futurs mettent des gants. Pour écrire le paradis et faire écouter la musique du vent.

 

Cristina Castello

 

« Les volcans lancent des pierres et les révolutions des hommes » (Victor Hugo)

Par des volcans et révolutions (dans le sens de transformation : en paix).

Et par le poète et la poésie qu'ils leur nomment. (C.C.)

 

 

- Cet article fut écrit à la gentille demande de la journaliste et poète Maggy de Coster,
afin de le publier dans son livre « Le journalisme expliqué aux non-initiés ».

 

http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/article-12312569.html

Par Jean Dornac - Publié dans : Journalisme et résistance
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Vendredi 6 mars 2009

(Reçu de Catherine Declis avec l'autorisation du Président du conseil scientifique du CRIIGEN, Monsieur Séralini, quant à la parution de leurs documents )

 

Le Bisphénol A constitue un danger pour la santé, notamment chez les femmes enceintes, les foetus ou les nourrissons.

 

Le bisphénol A  a été très étudié dans les années 1930 au cours de la recherche d'oestrogènes de synthèse. Le bisphénol A (BPA) est utilisé à l'heure actuelle comme monomère pour la fabrication industrielle par polymérisation de plastiques de type polycarbonate et de résines époxy.

C'est une substance chimique employée massivement dans la fabrication des plastiques (boites de conserves, biberons, cannettes de boissons...)


Il est connu pour s'extraire des plastiques spontanément à très faible dose, et plus significativement s'il est nettoyé avec des détergents puissants ou utilisé pour contenir des liquides à hautes températures.

Des études ont déterminé que la principale source d'exposition des nouveau-nés et des nourrissons se produit lorsque le biberon de polycarbonate est exposé à une température élevée, et lorsque le bisphénol A, imprégné dans le revêtement des boîtes de préparation pour nourrissons, migre dans la préparation liquide.

En France en 2008, il est présent dans 90% des biberons qui pour la plupart passent ensuite en four micro ondes...

Il peut être accumulé dans les tissus gras.

La contamination humaine se fait essentiellement par ingestion mais un passage par les voies respiratoires (incinération des déchets) ou la peau est possible.

Le placenta ne protège pas l'embryon de l'exposition au bisphénol A.

 

Extraits du rapport publié par le CRIIGEN, (Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le génie génétique) réalisé sous la direction du Pr. Gilles-Eric Séralini de lInstitut de Biologie de l’Université de Caen 

 « Il parait dangereux aujourd’hui pour la santé humaine de continuer à utiliser le BPA en particulier dans les emballages à contact alimentaire, de plus son utilisation dans l’industrie devrait être interdite. L’exposition des nourrissons et enfants au BPA devrait être réduite au plus vite, car ils font partie des personnes les plus sensibles face aux perturbations endocrines, par leur plus faible poids, mais aussi par le fait qu’ils soient en croissance. »

 

« La littérature scientifique publiée sur l’exposition au BPA, à de faibles doses, de l'humain et des animaux par rapport aux études du mécanisme in vitro révèlent que l'exposition humaine aux BPA est dans la fourchette biologiquement active dans plus de 95% des cas. De plus, les études menées ces 20 dernières années ont permis la détection du BPA dans de nombreux autres fluides corporels tels que le lait des femmes, le sérum, la salive, les urines, le fluide amniotique, et le sang du cordon ombilical. ».

 

Le Canard Enchaîné Canadien dénonçait en 2008 un conflit d'intérêt en faisant remarquer que de nombreux membres du comité d'experts de l'AFSSA (agence française de sécurité sanitaire des aliments ayant communiqué le 13 novembre 2008 que l'exposition des nourrissons au Bisphénol A est largement inférieure à la dose journalière tolérable et ce, même en cas de chauffage au micro-ondes) étaient également employés par l'industrie du plastique.


Au fil du temps, ce produit chimique s'accumule dans les eaux...

A suivre…

 

 

Nouveau rapport du CRIIGEN sur le bisphénol A - février 2009

 

Toxicité sur les mammifères et les humains du bisphénol A (BPA)

 

Il parait dangereux aujourd’hui pour la santé humaine de continuer à utiliser le BPA en particulier dans les emballages à contact alimentaire, de plus son utilisation dans l’industrie devrait être interdite. L’exposition des nourrissons et enfants au BPA devrait être réduite au plus vite, car ils font partie des personnes les plus sensibles face aux perturbations endocrines, par leur plus faible poids, mais aussi par le fait qu’ils soient en croissance. La réglementation actuelle ne tient pas assez compte des perturbations endocrines pour autoriser et fixer les limites d’utilisation d’un produit, car c’est la toxicité aigüe qui est principalement étudiée.

Lire le rapport

 

La vieille école de la toxicologie prend essentiellement comme preuve de toxicité l’épidémiologie et le dépassement des doses journalières admissibles. Ces critères sont insuffisants car tout d’abord l’épidémiologie n’est pas assez pertinente pour la connaissance des effets à long terme, avec bioaccumulation des polluants et effets combinés. D’autre part, les doses journalières admissibles et les seuils n’ont pas de sens scientifique absolu s’ils ne tiennent pas compte du temps et de la fréquence des expositions, ni des autres polluants, ou de l’âge, du sexe et de la sensibilité des personnes exposées. Ces paramètres devraient être pris en compte avant l’autorisation des produits chimiques. C’est l’objet de la réglementation REACH qui n’est pas encore appliquée vraiment. Dans l’attente et dans le cas du BPA, la controverse est forte entre scientifiques indépendants (détaillant de nombreux effets néfastes du BPA sur la santé humaine), et scientifiques ayant un rattachement plus ou moins important avec les entreprises.

 

Le CRIIGEN rappelle par ailleurs les recherches de l’équipe du Pr. Séralini qu’il a soutenues, et qui ont été publiées en 2007 dans une revue scientifique internationale sur les effets combinés des principaux polluants, et notamment du BPA à faibles doses en combinaison avec des pesticides et le produit industriel nonylphenol : Benachour et al. Tox. Appl. Pharmacol. 222, 129-140 (2007).

 

Ce nouveau travail indépendant (2009, téléchargeable www.criigen.org )a été réalisé par Emilie Clair sous la direction du Pr. Gilles-Eric Séralini à l'Université de Caen en France. Il a été soutenu par le CRIIGEN. Les Fondations pour une Terre Humaine et Denis Guichard sont aussi remerciées.

 

Contact en France: Pr Gilles-Eric Séralini, Biochimie, Institut de Biologie, Université de Caen, Esplanade de la Paix, 14032 Caen, France. Téléphone: 33(0)2-31-56-56-84. Fax: 33(0)2-31-56-53-20. Corinne Lepage Présidente du CRIIGEN criigen@unicaen.fr 
 

 

Source http://www.criigen.org/content/view/240/1/ 

 

Rapport du CRIIGEN

http://www.criigen.org/images/stories/LesOGM/Sante/bisph%E9nol%20a-2009.pdf 

 

 

Pétition cyberacteurs à l’attention de Madame Bachelot qui a obtenu plus de 5 500 signatures en moins de 24 heures

http://www.cyberacteurs.org/actions/action.php?id=380
Par Jean Dornac - Publié dans : Un coin du voile se lève...
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Jeudi 5 mars 2009
 Ce texte m'a été envoyé par Diane Combes. Je le trouve, pour ma part, très intéressant car l'auteure nous montre un état de fait très révélateur de ce qu'est et devient notre société. Ce texte est d'autant plus important qu'il nous montre l'évolution des enfants, comme dit l'auteure "le comportement de plus en plus déstructuré des enfants". Là encore, c'est, pour nous, un devoir de le savoir, d'en prendre conscience. Jean Dornac



par Corinne Viggiano


Tel un miroir grossissant, l'enseignement nous renvoie l'état de délabrement de toute une société, à travers le comportement de plus en plus déstructuré des enfants.


Derrière l'agitation croissante d'une jeunesse incapable de se concentrer, vampirisée par l'absorption massive de tous les produits médiatiques en vogue, l'oeil rivé sur des images virtuelles du soir au matin, le cerveau constamment agressé par la musique du baladeur qui ne les quitte jamais, derrière le masque de l'arrogance, de l'insolence, voire de la violence, se profile un malaise grandissant, une souffrance authentique.


La jeunesse se cherche désespérément dans un cadre scolaire vidé de sens, qui ne lui apporte rien, rien de fondamental, ni la puissance du rêve qui élève, ni la certitude de trouver plus tard un travail.


Malgré l'acharnement héroïque des enseignants à recréer ce sens, presque en luttant à contre-courant, le bateau coule à pic.


Car soyons clairs, dans une société devenue uniquement mercantile, obsédée par le rendement économique et le pouvoir de l'argent, qu'est-ce que l'école peut encore transmettre qui soit reconnaissable par les enfants ?


L'humain quitte l'école, les programmes se vident de toute substance émotionnelle. Tout devient forme mécanique, sans esprit et sans vie : on ne pense plus, on ne réfléchit plus. On coche des cases.


On est mûr pour s'engouffrer dans le dédale de l'informatique sans le fil d'Ariane de l'esprit critique et du discernement.


Bientôt les ponts seront définitivement coupés entre l'adulte et l'enfant si l'on ne se pose pas la question fondamentale, celle qui chapeaute toutes les autres, qui explique tous les remous sociaux actuels, le mécontentement généralisé.


QUEL EST LE SENS DE L'EXISTENCE, POURQUOI VIT-ON ?


Pour servir la cause d'un système ? La cause d'une idéologie ? La cause d'un intérêt partisan en lutte contre d'autres intérêts tout aussi partisans ? Ou plutôt pour s'accomplir en tant qu'être humain digne de ce nom ?


C'est une question qui mériterait d'être posée, car de la réponse découle tout un choix de civilisation et donc d'éducation.


Et là où l'on en est, il devient impératif de trouver des réponses, mais elles ne peuvent venir que de la bonne question.


Ainsi parle un petit prof.

 

Publié par le Réseau Informel de Réflexion sur l’Education

http://reseaueducation.blogspot.com

r.i.r.e@orange.fr

Par Jean Dornac - Publié dans : Réflexions...
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Mercredi 4 mars 2009

par Estelle Vereeck

source : http://www.holodent.com/

 

 

"Fausses dents, vrais doutes", le reportage d'Envoyé spécial du 26 février dernier a soulevé un sujet épineux et totalement opaque : l'origine et la traçabilité des prothèses dentaires.


Sur les six millions de prothèses dentaires posées chaque années en France, une sur trois serait fabriquée à l'étranger (Chine, Maroc, Madagascar, Europe de l'Est). Qu'en est-il de la qualité et de la composition de ces prothèses dont la fabrication est délocalisée par les dentistes et parfois par les prothésistes eux-mêmes ?


Prothèses au plomb


L'affaire a fait grand bruit il y a quelques mois aux États-Unis : une patiente s'est vu poser en bouche un bridge totalement inadapté qui l'empêchait de fermer la bouche et de mastiquer. Après analyse, il s'est avéré que la prothèse fabriquée en Chine, en plus d'être mal réalisée, contenait du plomb.


Dans son numéro du mois de novembre, le magazine Capital révèle que «certaines prothèses dentaires sont bourrées de plomb». Quatre dispositifs (une prothèse française à bas prix et trois chinoises) ont révélé après analyse la présence de plomb. «La pollution atteint 1 000 PPM (partie par million) pour la plus contaminée» des prothèses «made in China, soit onze fois la teneur autorisée dans les jouets par Bruxelles». Pourtant, d'après un responsable de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) : «Il ne devrait pas y avoir une once de plomb dans les couronnes».


Défauts de fabrication

 

Outre le plomb qu'elles contiennent, ces prothèses "low cost" seraient de mauvaise qualité. Les couronnes et les bridges "testés" lors du reportage présentaient des défauts de soudure et de coulée. Ces défauts favorisent les problèmes de rupture (fracture) et de corrosion. Quant à l'ajustage, il pâtit nécessairement de l'éloignement géographique du laboratoire qui  réalise la prothèse. L'éloignement ne permet pas une collaboration suivie entre le prothésiste et le dentiste. En cas de défaut d'ajustage, on se doute qu'une couronne à dix euros ne sera pas renvoyée au laboratoire.


Absence de contrôle


Le reportage d'Envoyé spécial montre comment des prothèses dentaires fabriquées dans des laboratoires chinois sont ensuite expédiées en France sans aucun contrôle des douanes à leur arrivée sur le sol français. "On ne peut pas tout contrôler" plaide le responsable de l'AFSSAPS interviewé.
Pire encore, la traçabilité, quand elle existe, se révèle mensongère. Les numéros CE de conformité des alliages utilisés pour fabriquer les prothèses s'avèrent fantaisistes et, après vérification, ne correspondent pas à des matériaux dentaires mais à des dispositifs qui n'ont rien à avoir,
par exemple des pièces pour ascenseurs.


Le nerf de la guerre


Le cœur du problème est, comme souvent en matière de santé, une question d'argent. Les prothèses « représentent 30% de notre activité et 70% de nos revenus et permettent de rattraper la sous-valorisation des soins conservateurs », explique le Dr Jacques Kaltenbach, installé à Sentheim et président en Alsace de l'Union des jeunes chirurgiens-dentistes, dans les colonnes des Dernières Nouvelles d'Alsace. Il est tentant dans ces conditions de céder aux sirènes de sociétés importatrices de prothèses à bas coût qui inondent les dentistes de publicités alléchantes : 11 couronnes pour le prix de 10. Acheter à l'étranger des prothèses moins chères permet au dentiste de gonfler sa marge, le prix payé par le patient n'étant pas revu à la baisse en proportion. C'est ainsi que la marge peut passer de 4 à 11 fois le prix de revient de la prothèse, ainsi que l'explique le reportage d'Envoyé spécial en prenant comme exemple une couronne en céramique.


Quand les prothésistes s'y mettent


D'après l'Union Nationale des Prothésistes Dentaires, 27% des prothèses posées seraient importées mais d'après les syndicats dentaires, seulement 5 à 8%. Outre certains dentistes, certains prothésistes sous-traitent avec des laboratoires étrangers une partie de leurs travaux, dans le but de gonfler, eux-aussi, leurs marges bénéficiaires. Ces prothésistes établissent ensuite au dentiste une facture comme si la prothèse avait été fabriquée par eux. En toute bonne foi, un dentiste peut donc poser des prothèses fabriquées en Chine ou ailleurs. Le dentiste n'a dans ce cas pas davantage de moyen de connaître l'origine de la prothèse. Si ce n'est qu'une prothèse mal réalisée et mal ajustée se reconnaît au premier coup d'œil.

Risques pour le patient


Le patient risque en premier lieu de se voir poser une prothèse de piètre qualité aux finitions médiocres et peut-être même, comme cette américaine, inadaptée à sa bouche. Favorisée par les défauts de coulée, la corrosion entraîne un vieillissement prématuré de la prothèse avec des risques de rupture et donc d'inhalation de fragments métalliques. Ensuite, la corrosion qui génère des phénomènes d'électrogalvanisme, expose le porteur à une intoxication chronique par les particules métalliques ou ions qui vont ainsi s'échapper continuellement de l'alliage. Or les alliages à bas coût, contiennent majoritairement du nickel, métal bon marché mais hautement allergisant et potentiellement cancérogène pour l'homme. Enfin, outre le plomb, hautement toxique lui aussi, les alliages non conformes peuvent contenir du béryllium, métal dont l'emploi est strictement réglementé par la norme ISO depuis septembre 2002 en raison des  risques pour la santé*.


* Lire à ce sujet le Pratikadent à la rubrique Métaux.

 

Par Jean Dornac - Publié dans : Infos pour précautions
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  • : Jean Dornac
  • devoir-de-savoir
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  • : 14/11/1950
  • : Rien qu'un humain parmi d'autres... Juste révolté par l'injustice contre laquelle je veux lutter, à mon modeste niveau, en rejetant la violence. Ici, la lutte consiste en la prise de conscience de chaque lecteur...

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